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Après avoir répondu aux questions de mon amie Kait, au sujet de son livre co-écrit avec Sylvain Romieu « Dark Souls. Par-delà la mort » il y a quelques temps, Damien Mecheri a chaleureusement accepté ma demande pour un nouvel entretien.

Bonjour Damien. C’est vraiment sympa de prendre un peu de ton temps pour répondre à mes quelques questions.

Bonjour, je le fais avec plaisir.

Nous allons commencer par la traditionnelle présentation pour les gens qui ne te connaîtraient pas.

Je m’appelle Damien Mecheri, je suis entre autres l’auteur de quelques essais consacrés au jeu vidéo, publiés chez Third Editions : L’œuvre de Fumito Ueda : une autre idée du jeu vidéo, La Légende Final Fantasy X, les deux volumes de Dark Souls : Par-delà la Mort (co-écrits avec Sylvain Romieu du site Chroniques Ludiques), et Bienvenue à Silent Hill (co-écrit avec Bruno Provezza de Mad Movies). J’ai aussi écrit Video Game Music – Histoire de la musique de jeu vidéo pour Pix’n Love il y a quelques années.

J’adore le jeu vidéo, le cinéma, la musique, la lecture et à peu près tout ce qui touche à l’art en général.

Quelles sont tes occupations du moment ?

Je suis en pleine phase de recherche, documentation et réflexion pour mon prochain ouvrage chez Third Editions. Il ne sortira pas avant 2019, donc il y a le temps, mais c’est un livre qui porte sur une œuvre complexe, qui me tient à cœur (je ne le révèlerai pas tout de suite, c’est top secret) et qui a largement contribué à nourrir mes goûts artistiques, voire à forger ma personnalité et mes aspirations intellectuelles.

En dehors de ça, je suis en train d’écrire un roman, qui avance petit à petit quand j’ai du temps libre pour m’en occuper. L’écriture a débuté il y a presque deux ans, donc c’est un long processus ; je doute et je me pose beaucoup de questions durant les périodes creuses, mais c’est aussi cette remise en question qui me permet d’avancer. Je pense que le plus difficile est de ne pas perdre de vue ce qui a motivé la conception du livre à la base, tout en étant conscient que mon écriture a évolué depuis. Le travail de relecture et de réécriture sera long.

Question loisirs et arts, mes coups de cœur récents sont le jeu The Witness et la troisième saison de Twin Peaks, deux œuvres magistrales qui m’ont bousculé et m’obsèdent.

Des œuvres qui t’ont bousculé et qui t’obsèdent. Que veux-tu dire par là ? 

Que je n’arrête pas d’y penser et que je m’en souviendrai encore dans vingt ans. Plus simplement, des œuvres dont je pourrais parler pendant des heures tant elles m’ont touché, à des degrés très divers. The Witness est un exemple parfait de ce qu’est une œuvre d’art entièrement pensée pour le jeu vidéo et l’interaction. Sous ses airs de « simple » jeu d’énigmes, il prend constamment en compte le regard du joueur, sa perception et sa réflexion, pour l’amener doucement vers des questionnements philosophiques profonds (qui me parlent beaucoup), et ce par le simple fait de ses mécaniques de jeu et d’une intertextualité fascinante avec les propos de penseurs de tous siècles. C’est aussi un bijou de construction, tout fait sens ; on comprend pourquoi Jonathan Blow et son équipe ont eu besoin de sept ans pour le créer. L’idéal est de s’y essayer en n’ayant rien vu du jeu.
Quant à la saison 3 de Twin Peaks, il faut dire que David Lynch est de loin l’un de mes artistes préférés. Il y a plein de raisons qui font que cette troisième saison est brillante, et notamment parce qu’elle ne ressemble pas aux deux précédentes, ni même au film Fire Walk With Me. Les codes de l’écriture télévisuelle sont bouleversés et David Lynch s’amuse des attentes du spectateur et de la nature même de cette troisième saison (qui, je le rappelle, a attendu vingt-cinq ans pour exister !). Surtout c’est une succession de scènes de pur « cinéma », et j’adore la manière dont Lynch peut passer de l’humour noir le plus absurde à une séquence d’épouvante absolue, en passant par un instant bouleversant via un simple choix de cadrage, de son ou de direction d’acteur. Comme pour The Witness, il y aurait énormément de choses à dire, mais je préfère éviter de gâcher le plaisir de la découverte. Un plaisir absolument essentiel, à mon avis. Le cinéma et le jeu vidéo sont trop souvent parasités par un marketing tonitruant et des communications maladroites qui en dévoilent beaucoup trop.

Comment pourrais-tu décrire les liens entre ta passion pour les jeux vidéo et ton amour pour l’écriture ?

Je crois que mon intérêt pour l’écriture est venu non pas via la littérature (dont la découverte réelle et approfondie a été plus tardive) mais via la « critique ». Et d’abord de jeu vidéo, puisque je ne suis devenu cinéphile qu’aux alentours de dix-sept ans. Auparavant, ce sont les jeux comme les Final Fantasy qui m’ont ouvert à un imaginaire que je ne soupçonnais pas. Et les premières lectures du magazine Gameplay RPG ont été une révélation. Le fait de lire des textes passionnés qui n’hésitaient pas à aborder des sujets transversaux (il y avait une rubrique Mythologie !) a été un déclic. L’idée qu’une œuvre puisse exprimer et évoquer plus qu’il n’y parait – voilà quelque chose qui devenait une évidence soudaine et qui apportait du sens aux émotions intenses, contrastées et subtiles que j’avais pu éprouver en jouant à Final Fantasy VII ou VIII. Et transmettre cette passion est devenue une envie, puis un besoin. Au début, vers quatorze/quinze ans, je singeais ce que je lisais dans Gameplay RPG ou sur le site Squaremusic tenu par Jérémie (FFWorld), mais aussi, un peu plus tard, sur le site Ed-wood.net de Jean-Noël Nicolau, qui a éveillé ma cinéphilie et ma fascination (depuis ternie) pour Tim Burton et Danny Elfman. On a tous des « mentors » ou des guides, directs ou non. Mais petit à petit j’ai pris conscience du pouvoir des mots et de la nécessité d’exprimer mon individualité. L’écriture s’exerce. Et il est indispensable de lire et d’écrire si l’on veut enrichir son vocabulaire, sa syntaxe, ses figures de style ; si l’on veut trouver sa musicalité. Je n’ai pas une plume particulièrement singulière, mais je la travaille. Les conseils sont aussi importants ; il faut écouter, même quand ça fait mal. On ne cesse jamais d’apprendre. Je pense (et j’espère) que dans dix ans, j’écrirai bien mieux qu’aujourd’hui.

Je suivrai cela avec beaucoup d’attention ! Te vois-tu encore écrire pendant de très nombreuses années alors ?

Oui bien sûr. On ne sait jamais quel tournant peut prendre notre vie, mais dans tous les cas je n’arrêterai pas d’écrire, quelle que soit la forme que ces écrits prendront. Pour être plus spécifique encore, je me vois bien écrire jusqu’à la fin de mes jours. Je ne m’interdis pas d’explorer d’autres domaines d’expression (en particulier visuels), mais après tout, l’écriture reste ce que je sais faire de mieux et le seul moyen de communication qui me procure une entière satisfaction. À l’oral, même en ayant la plus grande aisance, il est difficile d’avoir le même recul et la même pertinence que lorsque l’on prend le temps de construire des mots et des phrases sur un papier ou un écran. Je ressors souvent frustré des interviews et interventions orales, parce que j’ai le sentiment d’avoir omis des sujets importants ; j’ai l’impression que des nuances se perdent forcément, que les formulations auraient pu être plus impactantes. De plus, ça prend plus de temps de dire quelque chose à l’oral que de le lire dans sa tête. Ceci dit, l’oral a d’autres vertus, en particulier dans la manière de capter l’attention en jouant sur la gestuelle et sur des sens comme l’ouïe, sans parler du contact humain.

Parmi tes œuvres, y en a-t-il une que tu trouves plus aboutie que les autres ? Dont tu es le plus satisfait à ce jour ?

Sans hésitation, le livre sur les jeux de Fumito Ueda. Ça peut paraître logique et ça correspond à ce que j’ai dit plus haut, mais je pars du principe que je m’améliore à chaque nouvelle publication (le volume 2 de Dark Souls est sorti après, mais le manuscrit a été écrit en grande partie avant celui sur Ueda – de plus, dans le cas des Souls, l’apport de Sylvain avec le chapitre Univers reste indispensable et représente l’atout majeur des livres ; c’est notre ouvrage, pas le mien.).
Je lis avec attention les retours, les critiques, et je prends aussi du recul sur les bouquins que j’ai pu écrire, sur leur construction générale, sur mes méthodes de recherche et de réflexion. Est-ce qu’il y a des points que j’aurais pu améliorer ? Il y en a toujours, mais je ne les remarque pas immédiatement. Là, en quatre ans (depuis les premiers mots rédigés pour l’ouvrage Video Game Music), je pense avoir déjà bien progressé. Je remercie aussi grandement Nicolas et Mehdi, mes éditeurs, pour leurs conseils avisés qui m’ont aidé à progresser au fil des ouvrages, de même que les remarques souvent pertinentes et enrichissantes des correcteurs (leur culture est impressionnante). Il faut toujours un relecteur de toute façon. Même quand on pense maîtriser son auto-critique, rien ne vaut un regard extérieur, neutre, et qui aura le recul nécessaire pour pointer du doigt des problèmes, même infimes, qui se substituent à notre regard lorsque l’on passe des mois sur le même projet.
Donc à ce titre, L’œuvre de Fumito Ueda – Une autre idée du jeu vidéo me semble être mon essai le mieux écrit et le plus cohérent, en tout cas le plus proche de l’idéal que je m’en fais. Et je suis reconnaissant envers Nicolas pour m’avoir donné carte blanche sur le fil conducteur de l’ouvrage, mais aussi sur la taille déraisonnable du chapitre Musique, qui dépasse les 60 000 signes. À l’époque de la première édition du bouquin sur Zelda, en 2011, ils m’avaient demandé un chapitre de 6000 ou 7000 signes environ (rires). Depuis, la taille des chapitres dédiés à la musique n’a cessé d’augmenter, mais je pense qu’il y a une limite à ne pas dépasser, et j’espère ne pas l’avoir franchie avec le livre sur Ueda.

Quel regard portes-tu sur l’évolution de la langue française ?

L’évolution est nécessaire. Je ne suis pas friand des nombreux anglicismes qui s’invitent dans le langage courant, parce qu’ils dérivent de stratégies de communication et de déformations professionnelles plus que de nécessités culturelles. Mais au-delà de ça, toute langue est faite pour évoluer, pour muter. Si l’on s’intéresse un tant soit peu à l’étymologie et à l’histoire des langues, il y a quantité de transformations qui se sont opérées au fil des siècles, souvent au contact d’autres langages, d’autres pays, mais aussi avec l’évolution des mentalités et de la psychologie collective, ainsi qu’avec l’apparition de nouveaux champs de recherche, dans les domaines de science pure comme dans la philosophie ou la psychanalyse. La culture populaire joue aussi un rôle essentiel. Et les expérimentations des auteurs et poètes ont largement contribué à affiner et enrichir les langues.
Les débats qui ont fleuri en 2016, lorsque les rectifications orthographiques de 1990 sont revenues sur le devant de la scène, reflètent une certaine désinformation et des craintes stériles et rétrogrades quant à toute forme de changement. Il n’a jamais été question d’un nivellement par le bas, mais plutôt de réfléchir à ce qu’il est possible de faire avec des formes aujourd’hui « injustifiées » tant d’un point de vue pratique qu’étymologique. Les habitudes ont la vie dure évidemment, mais c’est aussi le rôle des écrivains (au sens large, qu’ils soient journalistes ou romanciers) d’alimenter la langue française, de la questionner et d’entretenir sa richesse et ses subtilités. L’évolution n’est pas une régression.

Avec la présence de plus en plus forte des appareils numériques dans notre quotidien, penses-tu que les gens lisent moins ?

Le sujet est complexe. Je ne sais pas si les gens lisent moins. Beaucoup de personnes dans le domaine de la pop culture préfèrent aujourd’hui regarder une vidéo sur Youtube ou écouter un podcast plutôt que de lire un article dépassant les 8000 signes. Soit. Il y a, après tout, beaucoup de choses intéressantes dans le domaine de la vidéo et du podcast. Par ailleurs, même si le fait de vivre constamment avec les écrans est lié à notre ère numérique, ces changements n’ont pas attendu notre époque, il ne s’agit que d’une transposition de ce qui advenait déjà avec la télévision et la radio. Néanmoins, c’est évident que les appareils numériques et Internet ont transformé notre rapport à la lecture. Et pas seulement avec « l’objet » de lecture (je pense aux ebooks et aux divers supports alternatifs à l’objet papier). À la rigueur, l’objet est une question de confort et de préférence personnelle, même si se pose aussi la question de la sauvegarde numérique. Je me répète, mais le sujet est complexe, et je vois déjà dix mille pistes de réflexions qui se profilent (par exemple : avec les systèmes d’auto-édition à la demande, n’y a-t-il pas une inondation du marché du livre ?), je préfère ne pas m’éparpiller.
Je pense qu’il est inutile que je développe sur la question du : « c’est dommage, les gens ne devraient pas arrêter de lire, c’est important de lire, pour la culture, pour la compréhension d’autrui et du monde, pour l’empathie, etc. ». Ce sont des évidences, même s’il est bien sûr toujours bon de les rappeler. La lecture structure nos idées, notre espace mental ; elle affine notre esprit critique. C’est l’écriture qui a permis à l’humanité d’étendre son intelligence en complexifiant le langage oral – par ce biais, les contours des concepts les plus abstraits ont pu être mieux définis. Mais je m’égare.
Pour être bref, je dirais qu’il n’est aujourd’hui pas tant question de « lire moins » que de « lire moins bien. ». Et je ne parle pas de goûts. Je pense que les problèmes sont liés à ce qui définit les sociétés occidentales à notre époque, la surconsommation. Tout est consommé puis oublié dans la seconde, il n’y a plus beaucoup de place pour la discussion. Le temps est précieux mais il est constamment accaparé par de nouvelles sorties, dans tous les domaines, et il y a une sorte de « tendance » (qui est devenu un comportement par assimilation insidieuse) qui oblige à toujours privilégier la nouveauté. Or, une œuvre (et je ne parle pas seulement de livres) a besoin d’être digérée, d’être réfléchie, si l’on veut qu’elle nous apporte quelque chose d’autre qu’une simple distraction. C’est ce que j’aborde brièvement dans la conclusion de mon livre sur les jeux d’Ueda. Il faut réapprendre à prendre son temps.

Je te rejoins entièrement là-dessus. Je sais désormais quel sera le prochain livre que je prendrai.

J’espère qu’il t’intéressera ! Je l’ai sous-titré « Une autre idée du jeu vidéo » parce que l’essentiel de l’ouvrage tourne autour de la question « le jeu vidéo est-il une forme d’art ? ». J’ai essayé de remettre à plat les termes du débat, de présenter les différents avis contradictoires et de comprendre ce qui fait, au fond, l’essence du jeu vidéo. C’est quand même un médium fantastique et très riche, protéiforme au point qu’il est difficile d’en donner une définition satisfaisante. Le terme même de « jeu vidéo » induit en erreur et cause beaucoup de malentendus.

Comment a débuté ta vie de joueur ?

J’ai découvert le jeu vidéo de manière assez classique pour quelqu’un de ma génération, avec la NES et le premier Super Mario Bros, quand j’avais cinq ans environ. Sur la NES, outre Mario, j’ai surtout souvenir des crises de nerf avec mon père et mon frère sur le jeu des Tortues Ninja et sur Bayou Billy. Je me rappelle aussi du bonheur en découvrant Batman : Return of the Joker, le jeu me paraissait visuellement splendide, même s’il était bien trop court. En tout cas, j’ai tout de suite aimé le jeu vidéo et je n’ai jamais cessé de jouer. L’un de mes premiers gros chocs a été la découverte de Resident Evil chez un ami. À l’époque, j’avais tout juste dix ans, j’étais trop jeune pour avoir une quelconque affinité avec le genre de l’horreur. Alors une horreur interactive, c’était vraiment impressionnant ! Même la ridicule scène d’introduction me faisait peur. J’ai attendu quelques années avant de faire le jeu en solitaire.

Au-delà des jeux, y a-t-il une console qui t’a particulièrement marqué ?

Sans nier aucunement le rôle essentiel et historique qu’ont joué les « guerres des consoles » dans l’évolution ludique, technologique et industrielle du jeu vidéo, j’ai plutôt tendance à ne pas considérer les consoles autrement que comme un simple « support ». Mon objet d’intérêt restera toujours le jeu, bien plus que les consoles. Je ne suis pas un collectionneur, et mes souvenirs émus liés à l’acquisition d’une console sont toujours associés à la perspective de pouvoir enfin jouer aux jeux qui me faisaient de l’œil depuis des mois. Ceci dit, si je devais choisir une console, cela se jouerait entre la Playstation 1 et la Playstation 2. Détail notable qui en dit peut-être long sur mes attentes, je me suis amusé à dresser un top 30 de mes jeux préférés l’année dernière, et à l’exception de Mother 2, il n’y en a aucun qui date de la période pré-PS1.

Quels sont d’après toi les composantes essentielles, les ingrédients nécessaires pour faire un jeu qui marque véritablement les esprits ?

Je serais bien mal avisé de dresser une liste des ingrédients, d’une part car ça signifierait qu’il n’est question que de « recette » pour réussir un grand jeu (à la manière d’un cahier des charges avec des cases à cocher), d’autre part ça irait à l’encontre même de ma propre expérience de joueur. J’aime quand un jeu m’emmène dans des terrains inattendus, flatte mon imaginaire ou mon intellect, m’envoute avec une atmosphère travaillée, me surprend avec des mécaniques de jeux étonnantes, m’embarque avec des systèmes minutieusement créés. J’adore des œuvres telles que, au hasard, Silent Hill 2, Bayonetta, Xenogears, Journey, Bioshock ou encore Super Mario Galaxy, mais je serais incapable de trouver des « ingrédients » propres à tous ces jeux ; des jeux qui ne répondent ni du même objectif, ni de la même méthode créative, ni de la même sensibilité.
Par contre, à titre personnel, j’ai une nette préférence pour les jeux « narratifs », c’est-à-dire qui racontent ou expriment quelque chose, peu importe la méthode. Je joue de moins en moins à des jeux qui sont à 100% jeu (oui ça n’a pas grand sens dit comme ça).

T’es-tu essayé à la réalité virtuelle ? Qu’en penses-tu ?

J’ai eu l’occasion de m’essayer au casque VR de la Playstation 4 chez un ami. J’avoue avoir été bluffé, je ne m’attendais pas à un tel effet. La démo de Thumper m’a renversé par exemple ; les sensations sont grisantes, j’avais l’impression d’atteindre un état de transe. La technologie n’est à mon avis pas encore au point, mais elle ouvre des perspectives inédites pour le jeu vidéo, non seulement au niveau visuel et sonore, mais aussi concernant les systèmes de jeu et leur construction ; j’ai hâte de voir ce que des gros projets vont pouvoir donner. La grammaire des jeux vidéo s’en trouvera peut-être bouleversée, tout du moins enrichie de nouvelles règles.

Le jeu vidéo peut-il encore nous procurer de nouvelles émotions ?

Bien sûr, ce serait triste si ce n’était pas le cas ! Il y a d’abord les évolutions technologiques qui apportent à chaque fois de nouveaux enjeux créatifs pour les studios de développement, ainsi que de nouvelles manières de penser le langage vidéoludique -l’interaction-. Et surtout, les années passant, le jeu vidéo ne cesse de prouver son mûrissement. C’est un médium en constante évolution, qui est de plus en plus pris au sérieux, et dans lequel certains créateurs s’investissent avec une exigence sans cesse plus importante. Chez les indépendants comme chez les gros studios, il est possible de dénicher des perles de créativité. The Witness ne date que de l’année dernière et ne ressemble à rien d’autre (dans la totalité de son expérience ; sinon, évidemment qu’il est possible de dresser un parallèle avec Myst).
De même, dernièrement, le jeu Hellblade : Senua’s Sacrifice m’a tout l’air d’une expérience singulière ; les retours que j’ai pu recevoir ont plus qu’attisé ma curiosité. C’est un jeu qui a choisi de traiter frontalement la question de la psychose, et d’exploiter l’image et le son (en binaural, c’est-à-dire avec une spatialisation crédible qui nécessite un simple casque stéréo pour en profiter) pour délivrer des sensations et des émotions a priori rares. Je ne sais pas si le jeu est vraiment réussi, mais rien que l’idée est géniale. Le jeu vidéo est un formidable terreau pour la créativité et pour explorer des territoires inédits, il n’appartient qu’aux concepteurs et artistes de s’en saisir à bras le corps.
Et au-delà de ça, puisque je considère le jeu vidéo comme un médium artistique, c’est-à-dire capable de donner vie à des œuvres d’art (ce qui n’est pas l’objectif de tous les jeux vidéo, et tant mieux !), je pense que la question pourrait être « L’art peut-il encore nous procurer de nouvelles émotions ? ». Après des siècles de productions littéraires, il est encore possible d’être surpris et secoué par un livre, alors pourquoi n’en serait-il pas de même avec le jeu vidéo, qui n’existe que depuis quelques décennies ?

As-tu un rêve qu’il te faudra absolument réaliser ? (Moi, par exemple, je souhaite pouvoir un jour contempler notre belle planète depuis l’espace)

L’espace, je te rejoins là-dessus, c’est fascinant et c’est quelque chose que j’aimerais beaucoup vivre un jour. Sinon, un rêve personnel qu’il me faudra absolument réaliser… Hum… Je dirais réaliser un film !

L’interview touche à sa fin et voici quelques questions « express »

Ton trio de jeux favoris ?

Silent Hill 2, Final Fantasy IX et Shadow of the Colossus.

Quel est ton personnage de jeu vidéo préféré ?

Albedo, dans Xenosaga.

La musique qui t’a le plus impressionné dans un jeu ?

Oula, c’est compliqué. Hors-jeu mais liée à un jeu vidéo quand même, c’est la symphonie Final Fantasy VII (arrangée par Jonne Valtonen) du concert Final Symphony. Par contre, dans un jeu… Il y en a trop, je ne peux pas en choisir qu’une ! Joker ! À la rigueur, si je devais choisir une bande son (plus qu’une musique spécifique), ce serait celle de Silent Hill 2. Ce qui tombe bien puisque c’est aussi mon jeu préféré.

L’œuvre de littérature qui t’a le plus bousculé ? Pour reprendre ton expression.

Une seule ? Je ne saurais les départager, je n’en ai pas une qui surnage parmi les autres. Ça se joue entre la saga Hyperion de Dan Simmons, la Divine Comédie de Dante, Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne, Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, Alice aux Pays des Merveilles de Lewis Carroll, etc. Récemment je me suis pris un violent uppercut à la lecture de La Horde du Contrevent d’Alain Damasio, qui est devenu sans problème l’un des livres les plus incroyables et fascinants que j’ai pu lire, tant dans la forme que dans le fond.

Un film culte ?

Plein. Impossible de départager là aussi. Même si 2001 l’Odyssée de l’Espace reste probablement l’œuvre d’art la plus impressionnante que je connaisse. Mais il se dispute dans mon cœur avec La Ligne Rouge, Phantom of the Paradise, The End of Evangelion, Fire Walk With Me, Cloud Atlas et des dizaines d’autres…

Je suis maintenant quasi-certain que ton prochain livre ne traitera pas des poneys comme tu me l’avais annoncé à la Japan Expo (rires).

J’ai vraiment dit ça ? Tout le monde me dit que j’ai un humour pourri, je crois que ça se vérifie (rires).

Merci infiniment d’avoir répondu et d’avoir consacré du temps pour cet entretien ! Je te laisse le mot de la fin.

Merci à toi pour cet entretien et pour m’avoir lancé sur des sujets intéressants. J’espère que mon ouvrage sur les poneys te plaira.

 

Pour retrouver les livres de Damien Mecheri chez Third Editions, vous pouvez vous rendre sur la page dédiée ici.

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A propos de l'auteur

Co-fondateur de The Gaming Circle. Rédacteur en chef. Papa Geek.. Toute l'actualité gaming-high tech m'intéresse et je suis pressé de découvrir la réalité virtuelle! Joue sur PS4, PC et PS Vita.

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